COLLECTIF DE JOURNALISTES - PIGISTES
Objectif Plume – Anny Lestestu

Déplacement domicile-travail :
les entreprises peuvent mieux faire

Encourager les démarches internes


Paru dans Bretagne Economique, Février-Mars 2008

La gestion de la mobilité est devenue une réalité et une préoccupation incontournables. Les enjeux sont multiples. D'ordre social, économique et environnemental. Si la mobilité engendre des échanges utiles au développement individuel et collectif, elle a également ses limites et produit des nuisances.

Le concept de plan de transport en entreprise est américain et date des années 1980. C’est en Californie que les initiatives voient le jour. Un réseau routier important et des taux de motorisation élevés ne peuvent qu’entraîner congestion et problèmes de stationnement… Petit à petit le concept s’infiltre en Europe du Nord, mais il faut attendre les années 2000 pour que la France l’introduise dans ses préoccupations. Christophe Hazo, Chargé d’Etudes pour Rennes Métropole, rappelle que « c’est la loi du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains qui a changé la donne ! » Pourquoi manager la mobilité ? les chiffres sont éloquents. Du point de vue économique, le train émet 25 fois moins de CO2 que la voiture et il est 30 fois moins dangereux en nombre de tués par milliard de passagers-kilomètres (sources ADEME). Du point de vue social, l’OMS, l’inactivité physique, les accidents, la pollution de l’air et le changement climatique dus au transport routier coûtent plus de 4 millions de vies chaque année. Enfin sur le plan environnemental, le transport routier représente 25% des émissions de gaz à effet de serre. Thierry Palka, Ingénieur Conseil en Risques Routiers à la CRAM Bretagne, insiste sur le fait que « le risque routier est le premier risque professionnel car de plus en plus de personnes se déplacent dans le cadre de leur travail avec la multiplication des sociétés de service, l’externalisation de certaines taches comme l’entretien des espaces verts, le nettoyage des sociétés etc… En plus, la flambée des prix de l’immobilier pousse les gens à habiter loin des villes !» Un frein à cette progression du trafic (3% par an) : le prix du carburant.

Quand les collectivités testent le plan de déplacement


En 2005, le premier site de covoiturage de l’hexagone a été créé sur la demande du département du Finistère, dans le cadre de l’Agenda 21* ! Ils ont été les pionniers ! » remarque Sébastien Le Corfec, Directeur de Evernet Studio et responsable avec Hippocampe de la conception du site. « Après le Finistère, on a créé le site « ticoto » pour les Côtes d’Armor en 2006. Et les entreprises ont pris la suite pour développer le covoiturage pour leurs employés… » Qu’est-ce qui pousse les collectivités à donner l’exemple ? « C’est d’abord une politique générale en faveur du développement durable, qui a incité à envisager une action dont le covoiturage, explique Olivier Branellec, Directeur d’Hippocampe, et les PDU (plan de déplacement urbain) ont vu le jour. Aujourd’hui les collectivités se lancent dans des opérations plus structurées. Après la gestion de la mobilité des habitants, elles se tournent vers la gestion de mobilité en interne. Le Finistère va mettre en place un PDE avec le soutien technique d’un cabinet de mobilité! ». Dans les Côtes d’Armor, la zone industrielle du Châtelet, située à Ploufragan, est devenu le champ d’expérimentations pour améliorer et favoriser les transports alternatifs. « On travaille sur ce projet avec les entreprises, la CABRI (communauté d’agglomérations de St Brieuc), les forces de l’Ordre, le Conseil Général » confie Thierry Palka de la Cram Bretagne. Revoir comment la zone est desservie par les transports en commun. Développer le covoiturage. Penser aux possibilités de restauration sur place… Le but de ces diagnostics étant d’influencer les employés de la zone à choisir des modes de déplacements durables qui consomment moins d’espace et soient respectueux du cadre de vie !

La solutionPDE


Renaud Michel, Chargé de mission aux transports à l’ADEME Bretagne a référencé une quarantaine de PDE en Bretagne ! «  Ce n’est pas forcément le bon outil, cela dépend de la taille de l’entreprise, de sa situation. Le covoiturage (voir encadré Livbag) suffit parfois. Nous reformulons les motivations et les objectifs avec l’entreprise et on oriente soit vers une démarche en interne, soit vers des bureaux d’étude (voir Guide Pratique). Si un salarié est porteur du projet avec un temps de travail dégagé exprès, on peut aider jusqu’à 30% des coûts liés au personnel sur les 6 premiers mois! » Christophe Hazo, en charge de la mobilité sur Rennes Métropole explique le démarrage lent des PDE bretons : «Au niveau national, les PDE s’essoufflent s’il n’y a pas de management de la part de la collectivité. C’est pour cela que l’on suit et soutient le projet du début à la fin ! » Précisons qu’avant de soutenir les entreprises, la métropole avait rôdé le système en le testant sur ses employés en 2002. Enquête auprès des salariés pour connaître précisément leurs modes de déplacements domicile-travail. Analyse des résultats. Diagnostic. Rien n’est oublié. « Le PDE est un concept nouveau pour les entreprises et il faut capitaliser l’expérience, la partager! » poursuit Christophe Hazo. Enfin un Label « Déplacement Durable » a été instauré, qui engage les entreprises à parfaire leur PDE. Beaucoup d’avantages découlent des PDE : « Les coûts de transports diminuent. Le PDE peut aussi aider à recruter, sans bouger, sans augmenter ses places de parking, en rationalisant les déplacements… Enfin l’entreprise gagne en accessibilité pour ses salariés, pour ses déplacements professionnels et pour ses visiteurs, c’est du gagnant gagnant!»