La face cachées du patrimoine hospitalier
Paru dans Le Rennais en décembre 2007
L’architecture hospitalière a peu de défenseurs parmi les populations. Symbole des moments sombres de la vie, on préfère l’ignorer, passer à côté de ses grands murs comme si de rien n’était… Pourtant, elle est un peu le miroir de notre histoire. Ses bâtiments, souvent classés, témoignent à la fois, des besoins de la société et des découvertes scientifiques.
À Rennes, si l’on interroge le passant sur les hôpitaux de la ville, il cite invariablement Pontchaillou. L’évocation de la Clinique de la Sagesse, quai d’Ille et Rance ou de l’Hospice Saint-Méen, soulève l’interrogation. Si l’on remonte le temps, l’hôpital est toujours né dans un contexte particulier : politique, social, économique, médical. Enfin, il n’a de cesse de maintenir un lien étroit entre ses formes et l’usage de ses bâtiments…
L’hôpital oeuvre de charité
Jusqu’au XVIe siècle, l’église assume la fonction hospitalière. Pour éviter les épidémies, les hôpitaux sont fondés à l’extérieur des villes. À Rennes, il ne reste plus trace du plus vieux bâtiment hospitalier, sauf sur un plan de cadastre de 1842, où figure une ancienne chapelle de plan rectangulaire à deux vaisseaux. Fondée par les vicomtes de Rennes au Xè siècle, la léproserie de la Madeleine (rue de Nantes, hors les murs) répond à la grande peur de la contagion. Entre les XI et XIII siècles, les fondations hospitalières se multiplient sous la pression de la forte croissance urbaine. Placé sous l’autorité de l’évêque mais laissé à la charité individuelle, l’hôpital comme l’hospice, possèdent souvent leur chapelle et leur cimetière. L’Hôpital Saint Yves, créé en 1358 pendant la guerre de la Jacquerie (soulèvement des paysans contre les seigneurs) est le premier établissement hospitalier élevé dans l’enceinte de la ville, pour protéger les malades des ravages de la guerre. Aujourd’hui, il ne subsiste que la Chapelle Saint Yves (actuel Office du Tourisme), qui allie décor flamboyant et finesse ligérienne sculptée dans le tuffeau. L’Hôpital médiéval se caractérise par une architecture monumentale, situé au bord de l’eau pour la cuisine, le blanchissage et l’évacuation. Les malades sont entassés dans une grande salle, en forme de réfectoire ou de dortoir monastique, commune aux deux sexes, et prolongée par une chapelle.
L’hôpital oeuvre de bienfaisance
Au milieu du XVIe siècle, les municipalités et le pouvoir royal s’immiscent dans la gestion des établissements hospitaliers. L’Edit royal de 1662 impose la création d’un Hôpital Général dans chaque ville importante du pays. Le sanitat (rue de l’Arsenal) destiné au départ aux pestiférés, devient Hôpital Général en 1679. On y reçoit les mendiants, les vieillards, les orphelins et les vagabonds. On commence à séparer les patients selon l’âge et la maladie. Les spécialisations médicales apparaissent. L’incendie de l’Hôtel Dieu à Paris en 1722 sonne le glas des vieilles institutions hospitalières. Débats et publications sur l’hygiène hospitalière et le devenir de l’hôpital se multiplient. Lors du Congrès Scientifique de France, à Rennes, en 1849, on peut lire ce constat sur les cours des maisons « Quelques locataires y accumulent des fumiers, sur lesquels d’autres jettent leurs ordures, ou, s’il y existe des latrines, l’entrée est si encombrée d’immondices qu’elle devient foyer d’infection… Les « lumières » du XVIIe siècle amènent à considérer l’environnement. L’air corrompu est facteur essentiel de morbidité. L’eau doit gagner en pureté. La théorie de l’aérisme est érigée en dogme au XIXe siècle. A partir des années 70, Pasteur démontre que les maladies sont la conséquence des germes et insiste sur la nécessité de combattre la contagion en séparant les malades et en pratiquant l’aseptie. L’architecture hospitalière s’éclate en petits pavillons, à la périphérie des villes, prend des allures de jardins jusqu’au milieu de l’entre-deux-guerres. Chaque spécialité a son pavillon : médecine, chirurgie, obstétrique, pédiatrie…
Centre de soins
L’emplacement du nouvel Hôtel-Dieu, reconstruit au nord (1858), à l’extérieur de la ville ainsi que l’implantation de l’Hospice Pontchaillou en périphérie, témoignent du respect hygiéniste qui consiste à éloigner l’hôpital de la ville pour éviter la contagion. Au XXe siècle, on distingue différentes fonctions de soins. Le grand chantier de Pontchaillou commence au début du siècle dernier. 12 pavillons sont prévus. Avant la deuxième guerre mondiale, la victoire sur la contagion hospitalière remet en cause le principe de l’isolement et de la limitation des étages. Les pavillons se superposent et deviennent niveaux. Sur le principe de l’hôpital monobloc de Paul Nelson, architecte hospitalier et concepteur du Centre Hospitalier de Saint-Lô, la rationalisation des fonctions et des coûts s’exprime par la verticalité. Le bloc édifié à Pontchaillou en 1970 en est une belle illustration. Depuis les années 80, l’hôpital tente de concilier fonctionnalité et humanisation. Il se veut ouvert sur la ville, rassurant, accueillant, voir même attractif, sachant qu’il doit désormais s’adapter aux soins externes, aux dépens de l’hospitalisation de longue durée…