

Paru dans Le Rennais, juin 2009
Gagnée il y a 30 ans, la mixité dans les écoles n’a pas, d’un coup de baguette magique, rendu les relations entre filles et garçons faciles. Qu’en est-il aujourd’hui ? Des préjugés sexistes, une inégalité chronique, mais beaucoup de jeunes bien décidés à faire changer les choses.
Une collégienne : « Les gars, ils ne pensent qu’à ça ! Faut toujours s’en méfier ». Un lycéen : « Une fille en jupe, c’est une fille qui provoque ». Bienvenue au royaume des clichés. A l’âge de leur construction identitaire, adolescents et adolescentes voient souvent l’autre sexe de façon caricaturale. Ce qui n’aide pas à se comprendre… « Il y a dix ans, quand on demandait aux professeurs ce qu’il fallait améliorer entre filles et garçons de l’enseignement secondaire, ils parlaient d’égalité dans l’orientation. Maintenant, le problème, c’est la qualité du vivre ensemble. On a le sentiment que la mixité s’est dégradée », constate Nicole Guenneguès, chargée de mission Égalité des chances au Rectorat de Rennes.
Dans les cours d’écoles, les illustrations ne manquent pas : des mains aux fesses, des filles sifflées parce qu’elles sont en jupe, des rumeurs qu’on fait courir. Les garçons regardent, les filles sont regardées, l’égalité sur le sujet n’a toujours pas été gagnée. « Et un vocabulaire très cru est utilisé par les garçons pour dévaloriser le corps des filles », souligne Thomas Guiheuneuc. Cet animateur de l’association rennaise Liberté Couleurs intervient dans les écoles lors d’ateliers sur la prévention des conduites à risque et le respect garçons/filles. Il note aussi les préjugés, plus graves, sur les violences. « Les jeunes condamnent unanimement le viol. Mais régulièrement, j’entends : « il y a des filles qui aiment bien se faire tourner ou qui l’ont bien cherché », poursuit-il.
Les filles ne sont pas les seules à souffrir de cette inégalité. Les garçons qui ne se reconnaissent pas dans le modèle de virilité ambiant sont vite marginalisés. « Ce n’est pas qu’un problème filles/garçons, insiste Nicole Guenneguès. Mais d’identité féminine et masculine, ce qui est différent. »
Au nom de la liberté
On parle souvent des progrès sociaux acquis par les femmes et de la détérioration de la mixité comme d’un paradoxe. C’est peut-être plutôt un lien de cause à effet.« Certains garçons seraient agressifs car les filles réussissent mieux à l’école, rapporte Nicole Guenneguès. La remise en cause de leur supériorité leur serait insupportable. »
Autre explication : le développement des nouvelles technologies, qui rendent la pornographie très accessibles. « A 15 ans, plus de la moitié des garçons ont déjà vu une scène d’un film pornographique, ainsi que des vidéos amateurs, filmées par des téléphones portables, explique Thomas Guiheuneuc. S’il n’a pas d’autres repères pour développer son esprit critique, l’adolescent aura tendance à considérer une jeune fille par rapport à sa disponibilité sexuelle. » Vidéos, Internet, publicité : notre entourage médiatique met en avant la féminité et la libido pour vendre tout et n’importe quoi. « Parfois, on a l’impression de ramer à contre courant, reconnaît Jocelyne Bougeard, déléguée aux droits des femmes, à la ville de Rennes. Contre ces discours médiatiques sexistes diffusés au nom de la liberté d’expression. »
Les extrémismes religieux ne tendent pas vers l’égalité garçons-filles, « mais le discours pseudo-scientifique qui répète que les garçons sont soumis, contrairement aux filles, à des désirs sexuels irrépressibles, est tout aussi grave », souligne Nicole Guenneguès.
Le Printemps de la Jupe
C’est dans le cadre d’un atelier de Thomas Guiheuneuc qu’est née l’idée du Printemps de la jupe et du respect, dont la quatrième édition s’est achevée il y a quelques semaines. « J’intervenais auprès de lycéens d’Etrelles, raconte-t-il. Au fil de la discussion, les filles ont avoué qu’elles ne mettaient plus de jupes car elles craignaient les injures. Les garçons ont pris conscience de leurs propos blessants. » La fois suivante, les filles du groupe sont venues en jupe, revendiquant ainsi leur droit à la féminité. Avec le soutien des garçons. En mars 2006, cinq autres établissements d’Ille-et-Vilaine participaient à la première Journée de la jupe, devenue aujourd’hui nationale.
En 2009, ils ont été 18, dans le département, à se mobiliser pour le Printemps de la jupe et du respect. « Le but de cette action est de parler de respect et de mieux vivre ensemble, détaille Thomas Guiheuneuc. Avec des slams, photos, affiches, débats, courts métrages, les jeunes construisent eux-mêmes des outils de réflexion. » La bonne nouvelle, c’est que lycéens et collégiens sont très demandeurs de ce type de débats et aussi très ouverts à la réflexion et à la remise en question. « C’est rassurant de voir qu’au final, quand les deux sexes parlent du conjoint idéal, ils les définissent en de mêmes termes : quelqu’un de fidèle, gentil, drôle, attentif à l’autre et respectueux », sourit l’animateur.
L’avantage de ce genre de projets, c’est que s’exprime enfin la majorité silencieuse : les garçons qui ne cautionnent pas cette inégalité, mais dont la voix est couverte par celle de deux ou trois machos. Ou qui trouvent plus de facilité au silence. « La sensibilisation de tous à l’éducation à l’égalité est primordiale,renchérit Jocelyne Bougeard. C’est un travail à long terme ! Nous devons interpeler les jeunes pour que les inégalités n’aient pas l’air banal. Mais aussi associer les adultes, pour qu’ils les accompagnent. »
Sensibiliser les adultes aussi
« Les jeunes se cherchent entre un univers familial traditionnel et une société de l’hypermédiatisation de la liberté sexuelle, pense Thomas Guiheuneuc. Ils sont un peu perdus. Les plus matures sont ceux qui ont la possibilité de dialoguer avec des adultes. »
Des adultes qui prennent conscience, eux aussi, que l’inégalité entre hommes et femmes est peut-être banale, mais pas acceptable. « Nous, éducateurs, devons cesser d’alimenter cette idée que les garçons sont supérieurs, insiste Nicole Guenneguès. Regardez les programmes d’Histoire : toutes les choses importantes, depuis la nuit des temps, ont été accomplies par des hommes. Pas étonnant que les filles se sous-estiment et que les garçons aient l’impression que les progrès des femmes leur enlèvent des choses ! »
30 GARS – 30 FILLES
Quand une classe de garçons du collège Mendès France, rencontre une classe de filles du lycée Coëtlogon, ça n’est pas de tout repos. Dans le cadre du Printemps de la Jupe et du respect, les deux groupes ont bâti un travail en commun sur ce thème. Ils ont assisté à une pièce de théâtre, ont visionné le film La Journée de la jupe, de Jean-Paul Lilienfeld, se sont échangés des lettres et ont débattu. Ils ont parlé respect, réputation, regard des autres, sentiments.
Impressions, a posteriori ? « On a changé, assure un garçon. Avant, pour nous, la fille idéale c’était celle qui avait des gros seins. Ce travail nous a fait réfléchir. On a compris que les filles n’étaient pas des objets. » Les filles en question poussent des Alléluias ironiques…
Et les filles ? « On s’est rendu compte qu’on était très dures entre nous. On juge plus, on critique celles qui mettent des jupes. Sûrement parce que certaines filles sont jalouses de celles qui assument leur féminité aux yeux des garçons. » Une lycéenne poursuit : « C’est vrai qu’on en a marre de se faire siffler quand on passe devant des mecs. Si on est en jupe, ils pensent qu’on les incite à nous traiter comme ça ! » Un garçon l’interrompt : « Moi je pense pas ça. Mais dans la bande y en a toujours un qui le dit, c’est normal. Et c’est lui qu’on entend… » « On a beaucoup travaillé sur ce qu’ils appellent « se faire engrener », renchérit Nadège Langlois, professeur de lettres et d’histoire à Mendès France. C'est-à-dire être pris dans l’engrenage du groupe et faire ou dire des choses qu’ils ne pensent pas forcément individuellement. »
Au début de la démarche, Anne-Sophie Gorge, professeur à Coëtlogon, a été impressionnée par les préjugés des jeunes. « A mon avis, ce n’est pas la mixité qui se dégrade, mais l’image qu’ils ont d’eux et de l’autre sexe. Peu de ces jeunes vivent dans des quartiers difficiles. Peu ont un vécu douloureux sur la question, mais ils se baladent avec une tonne de clichés, comme un héritage. C’est pourquoi notre travail, de ne pas laisser faire et de ne pas laisser dire, est une tâche de longue haleine. »
JUPE OU PANTALON ?
Etre féminine est parfois vécu comme une véritable provocation, à tel point que les jeunes filles vivent la jupe comme un tabou. C’est le thème du film réalisé par Brigitte Chevet Jupe, ou pantalon ?, qui a suivi Thomas Guiheuneuc, de Liberté Couleurs, dans ses ateliers de sensibilisation auprès des jeunes. Une très bonne base de réflexion.
« On note une tension nouvelle entre filles et garçons à l'âge de la puberté, allant parfois jusqu'à un certain machisme ordinaire, intégré par les filles elles-mêmes », raconte Brigitte Chevet. Selon elle, les années sida y sont pour quelque chose. « Avec la nécessité de la prévention, il a fallu aborder la question de la relation sexuelle très vite. Le discours s’est focalisé sur l’usage du préservatif, mais pas sur les identités sexuelles et les relations affectives. On a de plus en plus parlé de l’intime, sans parler d’amour. »
52 minutes. Aligal Production. Tel : 02 23 20 70 70.
DES FILLES SPORTIVES
« D’filles sportives », aura lieu, pour sa quatrième édition, le samedi 27 juin, à Rennes. Cette journée d’animation sportive est ouverte à toutes les filles, de 11 à 18 ans, qui souhaitent découvrir le beach soccer et le flag rugby (sans plaquage).
« La mixité c’est un beau mot, mais c’est difficile de faire venir les filles aux activités sportives, plutôt squattées par les garçons, admet Stéphane Gambert, l’un des quatre animateurs sportifs de proximité de la ville de Rennes. A l’adolescence, elles n’ont pas forcément envie de se montrer en tenue de sport devant les garçons. Elles ont tendance à se sous-estimer et préfèrent être avec des personnes du même âge, du même sexe et aux mêmes centres d’intérêts. On entend aussi parfois des garçons leur dire : le sport, ce n’est pas ta place. Pourtant, les filles se débrouillent très bien. Elles ont une culture sportive bien plus riche que les garçons. »
Beach soccer et flag rugby sur sable. Gratuit (apporter son pic nic). Pour les filles uniquement. De 10 h à 17 h. Renseignements et inscriptions : 06 24 13 60 71.
Ils adorent. Les mangas.
(Ouest-France)
Des filles + des garçons
= du respect ?
(Le Rennais)
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(Ouest-France)
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(Actualités sociales hebdomadaires)