COLLECTIF DE JOURNALISTES - PIGISTES
Objectif Plume - Audrey Guiller

Ils adorent. Les mangas.

Paru dans Dimanche Ouest-France, cahier Familles, juillet 2009


Dragon Ball, Naruto, Love Hina : les bandes dessinées venues du pays du soleil levant font un tabac auprès des ados. Décryptage.

 

Des petites bandes dessinées aux couvertures flashy dans les mains, les ados n’arrêtent pas : ils feuillètent, ils feuillètent des mangas. Et de droite à gauche, s’il vous plait ! La bande dessinée japonaise est devenue, en quelques années, la star des bibliothèques adolescentes. Pourquoi ? « Parce que leur lecture a quelque chose de générationnel et de gentiment transgressif, analyse Nicolas Finet, auteur de Dico Manga, le dictionnaire encyclopédique de la bande dessinée japonaise (1).Il y a 40 ans, les adolescents lisaient des BD pour se différencier des parents. Aujourd’hui, les enfants ont hérité de cette culture de la BD. Mais ils choisissent les mangas : des BD auxquelles les parents ne comprennent rien. »

 

Les mangas préférés de Tom, 13 ans, sont Dragon Ball, One Piece et Hunter X Hunter. « J’aime l’action et les combats. Le héros, c’est toujours un ado, un jeune garçon qui sort du lot et qui est très fort. » Les lecteurs masculins affectionnent les mangas « nekketsu ». « C’est un style de mangas qui met en scène des héros exaltés, défendant des valeurs viriles comme le courage, l'amitié et le dépassement de soi. Ces histoires d’enfants qui apprennent à grandir parlent beaucoup aux jeunes, explique Nicolas Finet. En plus, elles sont vitaminées et pleines d’adrénaline. » C’est ce qui a fait l’immense succès des deux séries Dragon Ball et Naruto.

 

L’exotisme de l’univers à la japonaise plait aussi énormément aux jeunes lecteurs. « Quand je lis Tintin ou Astérix, tout semble très réel, poursuit Tom. Dans les mangas, il y a plus d’imaginaire. Les héros peuvent être un moment très sérieux puis, après, très rigolos. » L’univers du sabre et des samouraïs les passionne. L’aspect graphique des mangas, aussi. « Ils ont un style cursif et dynamique, souligne Alexis Pernod, libraire et co-fondateur de Pandakawa, un café-manga rennais (2). Il se comprend rapidement. Le mode narratif, lui, est de très longue haleine. Les séries contiennent des dizaines de tomes. C’est addictif, comme une série télé. »

 

Et les filles dans tout ça ? Justement, elles sont de grandes lectrices de mangas comme Fruits Basket, Nana ou Love Hina. « Le grand apport de la BD japonaise a été de s’adresser aussi aux filles, reconnait Nicolas Finet. Dans la BD occidentale, la fille est très rarement l’héroïne et les archétypes sexistes sont très marqués. Les mangas présentent des personnages féminins forts. Et même si les filles tombent amoureuse douze fois par jour, elles sont maitresses de leur vie ! »

 

Des mangas, Pierre en a 70 et Ronan 250. « C’est moins cher qu’une BD ! On se les prête pour les lire et on suit les nouvelles séries sur Internet. Ca nous a aussi fait découvrir les figurines et les films d’animation.» Le manga est devenu « une culture pop internationale », assure Nicolas Finet. Si bien que le Japon, sa cuisine, sa langue, son style vestimentaire sont devenus très tendance auprès des ados. Qui a dit que lire des BD ne rendait pas curieux ?

 

(1) Fleurus

(2) 13, rue de Juillet, à Rennes. Tél. 02 23 48 88 63.