

Paru dans Ouest-France, au printemps 2009
Il est 7h, le 6 juin 1944, quand les hommes du lieutenant-colonel Rudder, le 2e bataillon de Rangers américain, commencent à prendre d’assaut la falaise de la pointe du Hoc, située juste entre les plages normandes d’Utah Beach et d’Omaha Beach. 7h, soit une demi-heure de retard sur l’horaire prévu par les stratèges de l’opération Overloard, qui ont dépêché le bataillon pour anéantir la puissante batterie d’artillerie érigée là par les troupes allemandes, et protégée par des bunkers. Le retard empêche les Rangers d’envoyer, comme prévu, une fusée éclairante signalant la prise de la falaise. S'imaginant que l'opération est un fiasco total, les Alliés dirigent alors les 500 Rangers destinés à renforcer Rudder vers la plage d'Omaha. Pourtant, le 2e bataillon, à l’aide d’échelles de 33 mètres empruntées aux pompiers de Londres, sont bien entrés dans les bunkers… pour y découvrir que les canons ont été remplacés par des leurres : de gros madriers de bois. De terribles heures commencent alors pour les Rangers, assaillis de toutes parts. Ce n’est qu’au petit matin du 8 juin que les chars américains de soutien au 116ème régiment et l’infanterie arrivent enfin à la Pointe du Hoc. Sur les 225 Rangers engagés dans cette opération, ils n’en trouvent plus que 90 encore en état de se battre. En 1979, la France a légué la Pointe du Hoc aux Etats-Unis.
« Ma première et ma plus chère volonté est qu'il soit élevé un phare sur un point dangereux des côtes de France. » En 1889, Adélaïde-Louise Davout d'Eckmühl signe ainsi l’acte de naissance du phare d’Eckmühl, qui élève ses 65 mètres sur la commune de Penmarc’h et domine ainsi le pays bigouden. En 1809, son père, le maréchal Louis Nicolas Davout, remporte pour le compte de l’armée napoléonienne une importante victoire sur les Autrichiens, près du petit village d'Eggmühl. Il est alors nommé Prince d'Eckmühl et c’est sa fille qui donnera, à sa propre mort, 300 000 francs à l’état français pour la construction d'un phare. Avant de gravir les 307 marches qui mènent au feu blanc d’Eckmühl, on y découvre un intérieur en opaline laminée et en bronze poli. Le phare, automatisé depuis 2007, fait actuellement l’objet d’un impressionnant chantier situé au niveau de la chambre de veille, à 60 mètres de hauteur. Il se visite de mai à septembre.
Dans son testament, Charles-Eugène Potron, membre de la Société de géographie de Paris, lègue 400 000 francs aux phares et balises pour la construction d’un phare « dans un des parages dangereux du littoral de l’Atlantique, comme ceux de l'île d’Ouessant ». Ainsi naît le phare de la Jument, tourelle de granit sise en mer, au Sud d’Ouessant, sur une roche nommée "Ar gazec" (la jument, en breton). Mais le légataire pose une condition bien contraignante : la construction du phare doit être terminée dans les sept ans suivant l'ouverture du testament. Miraculeusement, les délais sont respectés : le phare est finalement allumé en 1911, avec six mois de retard. Mais c’est au prix de sa robustesse… Dès l’année suivante, par gros temps, la tour de la Jument se met à bouger. Commence une série de travaux de consolidation et d’amélioration de la solidité du phare qui dureront presque 50 ans. Pour les gardiens de phare, la Jument, qui tremble chaque jour de tempête, est « le pire des Enfers ». Automatisé en 1991, le phare de la Jument est quitté par ses gardiens la même année.
Prémices à la construction du Mur de l’Atlantique, décidée par Hitler au début de 1942, la base de sous-marins de Kéroman, au Sud de Lorient, est une forteresse constituée de trois blocs-abris colossaux. De 1941 à 1943, sous le feu des avions de la Royal Air Force, 15 000 ouvriers venus de toute l’Europe œuvrent à cet édifice destiné à caréner, réparer et ravitailler les sous-marins. Elle pouvait en accueillir 25 et on estime aujourd’hui que 492 des 1149 carénages de sous-marins effectués en France pendant la guerre le furent à Kéroman. En 1944, les Allemands lancent la construction d'une une gare et d'une caserne protégée. Mais elles restent inachevées le 10 mai 1945, jour de la reddition de la poche de Lorient. Kéroman était donc la plus grande base allemande de la côte atlantique. Mais aussi un important centre d'espionnage allié. Pas un sous-marin ne franchit la passe de Port-Louis sans que les Alliés n'en soient avertis. Et ce, grâce à Jacques Stosskopf, ingénieur général du génie maritime à la base, qui, feignant de collaborer avec l'ennemi, renseignait Londres sur tous les mouvements de sous-marins, de navires et sur le nouveau matériel. Il encouragea le sabotage dans l'arsenal et la grève perlée. Arrêté le 21 février 1944 puis déporté, il fut exécuté au camp du Struthof. La base, qu’on peut visiter, porte aujourd'hui son nom.